« Au-delà du handicap, l’accessibilité profite à tous » (matinée Centre Inffo / FFFOD)

« Nous croyons que notre engagement en faveur de la diversité et de l’insertion, fondé sur une philosophie de l’accessibilité, ne procède pas seulement d’une responsabilité sociale et légale, mais qu’elle est en passe de devenir fondamentale dans notre performance et notre compétitivité commerciale. Notre expérience montre que les organismes qui s’engagent en faveur de la diversité et de l’insertion, notamment en ce qui concerne les technologies, accroissent leurs bénéfices commerciaux », déclarait, en 2011, John Varley, patron de la banque Barclays à l’occasion du cinquième Forum européen de l’accessibilité numérique.

Des propos qui pourraient être sommairement résumés par l’équation « accessibilité égale rentabilité », comme cela fut rappelé, le 19 juin 2012 à la Cité des sciences, dans le cadre du colloque « Accessibilité numérique et formation », co-organisé par Centre Inffo et le Forum français de la formation à distance (FFFOD. Voir le blog). Car, au-delà de la problématique du handicap, les différents intervenants s’y seront accordés sur un point : à terme, l’accessibilité profite à tous et pas seulement aux personnes handicapées. Mais si cette idée fait essentiellement son chemin sur l’autre rive de l’Atlantique, la France semble moins pressée d’adapter ses productions pédagogiques (en ligne, comme au format « papier »), quitte à se retrouver en infraction avec la loi (lire, à ce sujet, notre article du 11 juin). « Est-ce parce que personne ne nous sanctionne qu’il faut continuer à systématiquement brûler les feux rouges ? », s’est interrogé Jean-Philippe Simonnet, responsable des développements Internet, chef de projet accessibilité à Centre Inffo et animateur des débats de cette journée. « D’autant que la loi est violée pour de mauvaises raisons puisque celles qui sont régulièrement invoquées relèvent des coûts de production alors que tout réside dans la problématique de la lisibilité des contenus de formation », a indiqué, pour sa part, Dominique Burger, le président de l’association Braillenet.

Les règles d’accessibilité de plus en plus présentes dans les cahiers des charges

Les coûts ? Un faux débat également aux yeux de Sophie Drouvroy, webmistress du portail medias-soustitrés et militante du développement du sous-titrage pour les sourds et malentendants. « Une vidéo sous-titrée profite certes au malentendants, mais également à ceux qui sont amenés à la consulter au sein d’un open-space, hors de leur lieu de travail ou, si cette vidéo a été tournée en langue étrangère, pour les non-locuteurs. » D’autant qu’à l’heure de la consommation massive de films en VO et des possibilités techniques qu’offrent les plateformes YouTube, Dailymotion ou Universal Subtitles, la création de contenus pédagogiques facilement diffusables auprès du plus grand nombre se révèle peu coûteuse. Reste toutefois la problématique de la scénarisation de ces contenus, comme l’a rappelé Xavier Hennequin, responsable du secteur formation et e-learning chez Kelis, la société à l’origine, entre autres, de l’outil Opale, chaîne éditoriale de scénarisation de productions pédagogiques, utilisée notamment par l’Université et l’enseignement supérieur. « Les règles d’accessibilité font de plus en plus partie des cahiers des charges que nous présentons », a-t-il annoncé. Hors de question, cependant, de systématiser « à la chaîne » l’accessibilité de tels contenus sous peine de devoir les remettre aux normes au moindre changement réglementaire. « C’est aux formateurs et aux enseignants de penser à la structuration de leurs modules. Admettons qu’une centaine de modules puissent représenter plusieurs milliers d’heures de cours ? Devrait-on tout refaire à zéro pour peu qu’une norme soit modifiée par les textes réglementaires ? » Point d’accessibilité sans implication des développeurs de productions pédagogiques, donc. En 2010, justement, le cabinet Témésis et l’IGPDE (l’institut de formation lié au ministère des Finances) avaient procédé à un audit de l’efficacité d’Opale, « conforme à 99% avec les règles du RGAA [1] », s’est félicité le responsable formation de Kelis. Là encore, les personnes en situation de handicap ne furent pas les seules bénéficiaires de l’outil puisque désormais, Bercy a intégré les documents accessibles ainsi produits dans la préparation des concours administratifs de ses futurs agents, handicapés ou non, et réfléchit à de nouveaux cahiers des charges de FOAD qui tiendraient compte de cette nouvelle donne.

Sanctions pénales et européennes ?

Nonobstant ces exemples, Dominique Burger n’en a pas moins considéré que les pouvoirs publics étaient loin de s’être emparés des thématiques liées à l’accessibilité numérique dans le secteur de la formation, vu que l’État se contente actuellement de « recommander », sans réellement le contrôler ou l’imposer, le développement de tels dispositifs. « Comme pour les questions d’accessibilité des bâtiments, on a cherché à minimiser les coûts de transformation pour privilégier les effets d’annonce  » a-t-il dénoncé. Et, selon lui, l’avenir de l’accessibilité numérique pourrait bien se jouer dans les prétoires, voire à Bruxelles. « Il sera intéressant de voir quelle jurisprudence pourra émaner des attaques en justice que ne manqueront pas d’intenter, tant au niveau français qu’européen, les associations de handicapés contre les pouvoirs publics qui ne respectent pas la loi de 2005 sur l’égalité des chances ».

par Benjamin d’Alguerre

in Le Quotidien de la formation, 22 juin 2012

Notes

[1Référentiel général d’accessibilité pour les administrations.

Mis en ligne le 27 juin 2012
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