« La loi du 11 février 2005 sur l’accessibilité numérique n’est, aujourd’hui, pas appliquée par les organismes de formation publics » (Sonia Le Louarn, FFFOD)

Dans son article 47, la loi du 11 février 2005 (relative à l’égalité des droits et des chances) apparaît claire : l’accessibilité (y compris numérique) concerne « tous les services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent ». À ce titre, les organismes de formation publics, mais aussi privés, sont donc concernés par les problématiques d’accessibilité numérique sous peine d’être en infraction pour discrimination.

Le législateur avait fixé le 14 mai 2012 comme date limite pour les organismes de formation (OF) pour adapter leurs documents, sites Internet, contenus et méthodes pédagogiques aux besoins de leurs stagiaires handicapés. Alors, sept ans après la loi, les OF sont-ils fin prêts à relever le défi de l’accessibilité numérique. « Non ! », répond sans ambages Sonia Le Louarn, secrétaire générale du Forum français pour la formation ouverte et à distance (FFFOD). « La majorité des OF publics n’ont pas jugé utile de s’adapter et sont donc entrés, depuis le 14 mai dernier, dans l’illégalité. Quant aux organismes privés, ils ne se sentent pas obligés d’appliquer la loi puisqu’ils voient leurs homologues publics ne pas s’en soucier ».

Le RGAA jugé trop généraliste, voire ésotérique

Pour Jean-Philippe Simonnet , responsable des développements Internet et chef de projet accessibilité à Centre Inffo, cette situation s’explique par « le manque de consignes données par l’État ». En ligne de mire, le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA), document censé « rendre progressivement accessible l’ensemble des informations fournies par ces services de l’État » jugé par lui comme «  trop généraliste, voire ésotérique ». Car, de fait, si l’administration a imposé des règles, webdesigners, développeurs et concepteurs de sites Internet rencontrent, pour leur part, des difficultés à traduire ces exigences légales dans les faits. « Pourtant, une ergonomie simple et adaptée ne profite pas qu’aux personnes en situation de handicap, mais bien à tout le monde ! » précise-t-il, citant les potentiels internautes ne souffrant d’aucun handicap stricto sensu mais dont les capacités cognitives exigent une accessibilité numérique accrue. « Un individu dont le bras ou le poignet serait cassé rencontrera toutes les difficultés du monde à cliquer sur un bouton ou un lien qui ne fait que quelques pixels à l’écran. De même, une personne n’ayant pas l’habitude d’utiliser le Net se retrouverait mal à l’aise face à la barre de recherche Google si un petit onglet "rechercher " n’était pas placé à proximité immédiate ».

Ne pas oublier le contenu

Tout serait donc avant tout question d’ergonomie ? « Le public, qu’il soit en situation de handicap ou non, a, de toutes façons, besoin d’une ergonomie de plus en plus simple » précise le chef de projets accessibilité de Centre Inffo. D’où, à ses yeux, l’importance du développement de démarches-qualité au sein des équipes de webdesign amenées à se pencher sur l’accessibilité des données numériques. « Proposer une belle boîte ne suffit pas si le contenu n’est pas adapté », annonce-t-il. « Un site Internet peut être parfaitement ergonomique, mais si le technicien qui le conçoit ne sait pas parler de son contenu, c’est foutu !  ». Cependant, l’augmentation de telles démarches se constate de plus en plus au sein des organismes et des entreprises. « Souvent, ces structures entament des réflexions autour de l’accessibilité numérique dans le cadre d’une logique de communication, afin de se donner une image responsable » explique Jean-Philippe Simonnet. « Mais de cette volonté de communiquer découle une montée en qualité des services proposés ». Une situation que confirme Sonia Le Louarn : « certains organismes de formation, tels ceux liés à la SNCF, ont commencé à amorcer de telles démarches. Cela n’empêche malheureusement pas qu’à côté de ces quelques exemples, la plupart des organismes publics en sont encore au degré zéro de l’accessibilité numérique tant que des pénalités ne seront pas strictement appliquées ».

Justement, dans le but de sensibiliser les OF, privés comme publics, le FFFOD, en partenariat avec Centre Inffo organisent une matinée de réflexion, le 19 juin prochain, consacrée à l’accessibilité numérique dans le cadre de la formation. « Une matinée dans laquelle les participants seront invités à débattre autour des démarches à adopter pour repenser les pédagogies » explique la secrétaire générale du FFFOD. « Et à les repenser en fonction de ce nouveau paradigme : comment former le plus grand nombre ? »

par Benjamin d’Alguerre

in Le Quotidien de la formation, 11 juin 2012

Mis en ligne le 27 juin 2012
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